Partie 14
12/04
« C’est dans l’obscurité que la flamme révèle sa lumière ». Qui verse dans de telles niaiseries ? Il était bientôt minuit dans la métropole de Jabalpur et je ne distinguais l’éclat d’aucun feu de camp. Pachmarhi n’était déjà plus qu’un souvenir. Depuis les hauteurs des toits, seuls les néons des enseignes publicitaires irradiaient les murs de leurs hâves halos. Je ravalais ma salive. Mon regard dégringolait jusqu’au pied des façades effilées, percutant les phares fiévreux du trafic frénétique. Je cherchais une chambre où fermer les yeux.
J’avais quitté mon coin de jungle perché à l’heure du goûter. Au même instant, dans un jardin que personne ne visitait, s’ouvraient les pétales d’une fleur tropicale. On l’avait opportunément baptisée Four o’clock flower. Elle rayonnait la nuit durant, tandis que je m’éloignais en bus, puis en train. En France, on la connaissait sous le nom de Belle-de-nuit, mais dans le ventre de Jabalpur, ces mots n’avaient plus vraiment de sens.
J’arpentais les trottoirs encombrés : débris de chantier, charrettes chargées, mendiants endormis. Un corps à l’écart, au repos comme il est tombé. L’homme avait la face contre le bitume, sa gamelle offerte par le temple éparpillée autour de lui. Etait-il inconscient ? Etait-il mort ? Il était trop tard pour se poser la question, emporté par la foule loin de toute responsabilité individuelle. Suis-je le gardien de mon frère ?
Un refus, deux refus, trois refus. Parfois sans un mot, à peine un signe de tête. Les hôtels étaient pleins. La faute aux examens universitaires, paraît-il. J’en venais à soupçonner un délit de faciès. Dans l’ombre d’une ruelle, à l’étage, je finissais par trouver une chambre miteuse. Pas de fenêtre. Dans les toilettes, un seau d’eau croupie où flottaient des mégots. Le nez sur sa clope, l’hôtelier m’annonçait un prix qui ailleurs ferait deux fois celui d’une chambre correcte. Ici et maintenant, il savait bien que je n’avais pas le choix. Mon frère, n’es-tu donc pas mon gardien ?
Depuis la banquette rigide qui me servait de lit, je fixais le mouvement du ventilateur au-dessus de ma tête. Par delà la mélodie des klaxons, j’écoutais son ronflement, et à travers lui, le mien. Je devinais mon ventre se soulever, pour mieux retomber, paisiblement. Il était donc possible d’être en paix au milieu du chaos ?
Les irritations de la ville me paraissaient superficielles. Sur mon chemin depuis la gare, j’avais certes été affecté par l’intensité des turbulences. La fièvre urbaine ne m’était pas devenue indifférente, loin de là. Mais c’est le « je » lui-même qui semblait perdre en consistance. Le sujet que je croyais aux rênes de mon existence trahissait une substance poreuse, perméable. Il y avait en lui quelque chose de cotonneux, comme la matière dont sont faits les rêves que je m’apprêtais à rejoindre, sans difficulté. Était-il acceptable d’être en paix au milieu du chaos ?
Jabalpur constituait un carrefour routier inévitable dans ma progression le long de la Narmada. J’avais décidé d’y rester un jour et une nuit supplémentaire, le temps d’organiser la poursuite de ma remontée du fleuve. Au matin, je partais à l’exploration de la ville sous une chaleur déjà étouffante. Les températures grimpaient de jour en jour. Il faudrait supporter pareil climat tout l’été, avant que n’éclate la mousson en juin.
La cité était réputée pour le dynamisme de son industrie, notamment automobile. Au cours de ma balade, je découvrais de larges avenues le long desquelles étaient alignés concessionnaires, garages et cambouis. Les pièces de carrosserie s’exhibaient jusque dans les caniveaux. Étrangement, c’est dans cette ville de moteurs rutilants que subsistaient en parallèle d’ancestraux tuk-tuks à vélo. Les carrioles étaient tractées à la force de mollets d’hommes aux visage burinés par le soleil et les jours.
Au milieu de ce tourbillon bouillonnant, je pouvais compter sur le pas tranquille de l’homme… Tu connais la suite. La foulée cultivée à Omkareshwar et Pachmarhi conservait sa force d’inertie, jusqu’ici. Et dans la moiteur des heures, j’avais un autre allié : l’Indian Coffee House.
C’est Robin qui m’avait fait découvrir cette chaîne de restaurants à Indore. Le comptoir de Pachmarhi était ensuite devenu notre QG avec Imran. Il s’agissait d’établissements autogérés par les travailleurs, réunis en coopératives. La chaîne était née dans les années 1950 au Kerala – cet État du sud de l’Inde, historiquement communiste – avant de se répandre dans tout le pays. Elle était devenue un lieu de rencontre pour des générations de mouvements libertaires ou socialistes. Pour ne rien gâcher, leur nourriture était excellente. J’y mangeais donc matin, midi et soir, en suivant les nombreuses succursales présentes dans la ville. On peut dire que j’avais trouvé le plus beau des pèlerinages.
C’est dans une de ces enseignes qu’au matin je rencontrais un disciple d’Osho. Le gourou provocateur avait exercé comme professeur à Jabalpur, avant de surprendre jusqu’à ses fidèles en s’envolant pour une vie fastueuse aux États-Unis. Malgré tout, il lui restait donc ici quelques adorateurs. Dissimulé derrière une longue barbe blanche, des lunettes de soleil et un chapeau à bord large, le vieil homme m’invectivait sur des sujets aussi variés que l’éveil spirituel ou l’urgence climatique.
Selon lui, les fronts à mener convergeaient vers un même adversaire : la technologie aliénante. Il me faisait signe d’observer la salle. Nombreuses étaient les personnes avec leur smartphone dans la main, moi y compris : « Nos imaginaires ont été pris en otages par les machines ! ». Je l’écoutais rêver d’un monde où nous ne serions plus coincés dans nos têtes. Avant de quitter les lieux, il me fit toutefois une proposition surprenante : « Allez viens, on fait quelques selfies avec ton téléphone ». J’héritais d’une série de portraits où l’on pouvait le voir faire le tigre ou bien tendre le doigt vers l’objectif, tel l’Oncle Sam !
L’après-midi, je rencontrais un groupe d’étudiants qui venaient de terminer leurs examens – c’était donc vrai. Nous allions ensemble à la sortie de la ville, en bord de Narmada, nous détendre près de la cascade ou le long des falaises de marbre blanc. Le fleuve continuait d’exercer son pouvoir apaisant, jusqu’ici.
En chemin, on croisait une église catholique. Au sommet du clocher, je remarquais qu’il n’y avait pas de croix, mais une statue de Jésus lui-même, souriant, les bras ouverts. Je m’approchais pour mieux voir. Au pied de l’édifice, trônait une représentation de la Vierge Marie tout en fleurs et guirlandes lumineuses. Les pratiquants du coin semblaient enfin avoir trouvé de quoi rivaliser avec la multitude de dieux et les couleurs ostentatoires des temples hindous. Ça c’était du marketing syncrétique !
Le soir venu, dînant dans la première Indian Coffee House sur mon chemin, je croisais le regard de la plus belle indienne que je n’avais jamais vu. Elle était assise deux tables plus loin avec une personne âgée que j’imaginais être sa mère. Tandis que nos contacts visuels se répétaient au gré d’une fortuité forcée, elle retournait la salle et mon cœur par des sourires malicieux. C’était sûr, quand la maman s’absenterait, j’irai lui parler.
Malheureusement la dame se révélait du genre à la vessie bien accrochée et jamais elle ne partit aux toilettes. Elles quittèrent ensemble le restaurant. J’ai vu son visage disparaître sous son voile, avant qu’elle ne démarre son scooter et ne s’évapore pour de bon.
J’en voulais à la Sainte Vierge de ne pas m’avoir donné le courage de traverser la salle sans attendre. Mais que pouvait-elle bien connaître de ces choses-là, elle qui avait sauté toutes les étapes ? J’avalais mon dessert avant de m’engouffrer dans les rues turbulentes. La nuit était tombée et ma chance avait filé : mes résistances se réveillaient.
Une fête religieuse avait lieu. Chaque temple et commerce avait installé des enceintes sur les trottoirs, crachant de la musique techno-tradi des plus saturées. Je ne comprenais pas pourquoi les femmes et les enfants restaient assis devant les baffles, comme si de rien n’était. Moi-même je ne comprenais plus très bien ce que je faisais ici.
Dans une zone piétonne, j’observais ces femmes Intouchables condamnées à nettoyer les rues. Cela n’avait aucun sens : elles se pliaient le dos pour balayer de grands escaliers, repoussant les détritus jusqu’en marge des marches. Mais les accotements étaient ainsi faits qu’avec la pente, il était certain qu’au moindre coup de vent l’ensemble viendrait de nouveau souiller les marches. Pourtant, elles s’usaient le dos à la tâche, sans relâche.
Un peu plus loin, je fus obligé de m’asseoir pour apprécier la scène. Une vendeuse de rue proposait des cadenas sur son étal. Elle avait semble-t-il égaré la clé qui correspondait à l’un des verrous. De ses gros doigts, elle tentait donc de retrouver la bonne, en les essayant une par une. Pour cela, elle piochait dans un gros tas de clés. Mais, à chaque tentative ratée, elle relâchait la clé éliminée dans le tas initial !
Cette folie me rendait ivre. Sans m’en rendre compte, j’étais gagné par l’errance. Il était dix heures passées et je ne savais plus quoi faire. J’avais envie de gagner la gare routière pour prendre un bus de nuit et quitter la ville, mais la station était loin et l’existence d’un tel bus, incertaine. J’avais tout autant envie de rejoindre un lit où me reposer, mais il était hors de question de filer le moindre billet supplémentaire à mon hôtelier de la veille. Je regrettais de ne pas avoir pris le temps, le jour durant, de trouver un autre lieu d’hébergement.
Je déambulais donc jusqu’à trouver une chambre trois fois moins chère, dans un immeuble vétuste. La pièce était tout aussi petite et délabrée, mais au moins on en avait pour son argent. Confortablement installé sur la planche en bois qui faisait office de matelas, je ricanais du succès de ma bonne affaire, songeant vite sombrer dans un doux sommeil. Hélas, mes espoirs furent vite douchés : alerté par un bourdonnement, je rallumais la lumière dans la chambre : elle était envahie de moustiques.
Mais d’où venaient-ils, ces démons suceurs de sang, empêcheurs de dormir en rond ? Cette chambre non plus ne disposait pourtant pas de fenêtre ! En visitant la petite pièce d’eau attenante, je compris que les insectes provenaient du trou des toilettes à la turque, dans lequel flottaient leurs œufs. Qu’ils étaient fiers à voir, mes moustiques de la bande de Gaza : ils étaient nés et avaient grandis coincés dans cette pièce, prêts à en découdre avec l’occupant.
Pour lutter, je misais sur le ventilateur au plafond. Mais il ne disposait que de deux vitesses : 1/battement d’aile de papillon au soir d’été ou 2/ouragan du Pacifique. Le premier niveau n’était bien sûr pas suffisant pour faire peur aux moustiques et je ne pouvais pas dormir. Le second niveau faisait s’envoler mes cheveux, les draps et le lit tous ensemble et je ne pouvais pas dormir. Résultat : je ne pouvais pas dormir.
Me restait donc l’insomnie. Je contemplais avec quelle innocence je m’étais mis tout seul dans cette situation. Quelques heures plus tôt, je moquais ces Sisyphes indiennes avec leurs balais et leurs cadenas. Mais je réalisais avec stupeur que j’étais moi aussi acteur de cette comédie absurde ! J’avais poussé mon rocher tout là-haut pour économiser quelques roupies et un peu de fierté, et voilà qu’il retombait plus bas encore que jamais.
Dans ma lutte au cœur de la nuit, je dégainais alors mon arme secrète.
Pour continuer ce récit, il me faut remonter jusqu’à une soirée magique dans les vapeurs de chillums, à Omkareshwar… J’entreprends ici de relater une expérience lumineuse que j’avais jusqu’à présent éludée, par cruel manque de mots. Mais il vient un moment de vérité où il faut savoir s’y résoudre, et j’espère que tu excuseras ces lettres maladroites pour tenter de dire l’indicible.
Il est de la plus haute importance de prendre au sérieux ce qui va être raconté dans ces lignes. Les faits qui y sont relatés sont pure vérité. Il ne faut pas y voir une tentative de ma part d’user de formules poétiques ou allégoriques : les choses se sont réellement déroulées ainsi. Que le lecteur accepte ces conditions ou bien qu’il quitte immédiatement la page. De même que celui qui reste devra ensuite effacer les images créées dans sa mémoire. Car elles ne sont que des images et les images ne sont pas nécessaires, en réalité. De la même façon qu’on n’emporte pas avec soi le panneau signalétique, une fois qu’on a trouvé son chemin.
Cette nuit à Omkareshwar donc, je regagnais ma chambre après avoir fait jouer les feutres sur le papier, dans le partage d’un dessin à trois mains, avec Alessio et Naseem, sous l’œil scruteur de Manu. Je réalisais quelques étirements avant de m’allonger sur mon lit. Je parcourais les sensations à travers mon corps : ici une lourdeur dans le mollet, là un frisson au bout du nez.
Une observation qui peut paraître évidente, mais dont la compréhension profonde ne survint que ce soir-là, émergea alors avec une grande clarté : je n’étais pas ma jambe, ni l’engourdissement qui l’accompagnait. D’ailleurs, je n’étais pas davantage mon pied gauche ou ma main droite. Le siège du « moi » était ailleurs, mais partout où je cherchais, il semblait se situer plus loin. Ça n’avait pas plus de sens d’affirmer que j’étais ma tête, mon visage ou encore mon cerveau.
Si chaque partie de mon corps prise séparément n’était pas moi, alors je ne pouvais pas non plus être la somme de ces parties. Je regardais en face cette vérité : je n’étais pas mon corps.
Et en même temps que cette idée brillait dans la conscience, il m’apparaissait que mes pensées non plus n’étaient pas moi. Dès lors que je pouvais voir et nommer les choses, une distance se faisait jour : ces choses désignées ne pouvaient pas être moi.
Ainsi « je » était toujours ailleurs, s’échappant au regard chaque fois que je croyais mettre la main dessus. Les pensées allaient et venaient, changeantes. Le seul élément immuable sur lequel m’appuyer tenait précisément dans cette ligne de fuite, sur laquelle glissait le sentiment même de l’existence. A l’horizon du connu, ne demeurait alors plus qu’un point inflexible, depuis lequel scintillait la seule certitude : être – sans rien pouvoir affirmer de plus, si ce n’est pas négation.
Je n’étais ni ma chair, ni mes pensées.
Je demeurais je ne sais combien de temps dans la contemplation de cette vérité. Je baignais dans le flottement douillet de cette réalisation. Il existait un règne au-delà du corps et du mental. Ce constat soudain évident invitait le duo au repos, au silence, le corps aussi bien que le mental.
C’est alors que je fus saisi par l’apparition de profondes respirations. Un souffle indescriptible. Je n’étais que le témoin passif de ces gracieux développements pulmonaires. L’air pénétrait profond, jusqu’au creux d’alvéoles jamais utilisées. Je voyais mon ventre se soulever comme s’il allait exploser. Puis il se dégonflait et se creusait comme s’il voulait fusionner avec le lit sous mon dos.
Les va-et-vient s’amplifiaient. Dans tous les recoins de mon corps, je ressentais une profonde relaxation. Quel soulagement ! Quel apaisement ! On aurait dit que toute mon existence je m’étais agrippé à la rambarde de mes illusions, par peur de me noyer dans la vie ou que sais-je. Trop longtemps j’avais retenu ma respiration. Enfin je lâchais prise, reprenant ma place dans le courant.
Comment avais-je pu évoluer si longtemps dans l’étroitesse d’un souffle crispé ? Était-il possible qu’un jour j’ai oublié comment respirer ? Car ce ressenti, aussi incroyable qu’il fut, m’était en même temps tout à fait familier. Il n’y avait jamais eu rien d’autre en fait, que ce pur soupir de liberté. A chaque instant il n’avait cessé de chercher à s’exprimer. Depuis les tréfonds où, dans mes errances, je l’avais malencontreusement égaré. J’étais de retour à la maison.
Il n’y avait rien à craindre. Ce n’est qu’au moment où elle s’envolait enfin, que je découvrais une anxiété qui m’avait habité durant toutes ces années. Elle s’était logée là-bas tout au fond du ventre, rétrécissant l’amplitude d’inspiration disponible. Depuis quand l’avais-je oublié là ? Je ne sais pas. Mais une image m’est apparue : moi-même enfant, en sortie avec ma classe de maternelle, dans les bois de la Sainte-Baume. J’étais tout fier de ramener des pommes de pin pour les observer à la loupe. A cet âge-là, c’est certain, je respirais librement avec le ventre. Comment avais-je pu oublier ?
J’étais cet enfant. Je n’avais jamais cessé de l’être, là en dessous. Qu’avais-je passé tant de temps à croire que j’étais autre chose ? Je riais de ma méprise. Je riais.
Petit à petit, les respirations se calmèrent, perdant en intensité. Peut-être aussi avais-je ressenti une légère peur, interrompant le processus. Que m’arrivait-il ? Ne fallait-il pas que je reprenne le contrôle ? C’est à ce genre de pensées fantaisistes que le moi incarné venait soudain se recoller. Cependant, je m’endormais d’un sommeil que je n’avais pas connu depuis toujours.
Retour dans la chambre à moustiques, dans la nuit blanche et rouge, là où tout sommeil était absent. Faisant fi de la tempête provoquée par la puissance du ventilateur dans l’espace réduit, je tâchais d’observer les mouvements de ma respiration. Voilà plusieurs semaines maintenant que je pratiquais ce Yoga du ventre, à la faveur d’exercices matinaux que je m’étais inventés. Ils n’avaient pas la spontanéité de l’autre nuit, mais j’y trouvais comme une invitation à la pratique, dans le cadre de la conscience habituelle.
J’avais découvert que jusque là, je ne savais tout simplement pas respirer par le ventre. C’était tout bête pourtant. Mais il y a des choses que l’on découvre sur le tard, comme pour mieux s’en émerveiller. Comme par exemple lorsque j’ai appris que Simone Weil la philosophe et Simone Veil la femme politique étaient en fait deux personnes séparées. Ou bien quand j’ai saisi qu’il fallait écrire « au temps pour moi ». A trente-quatre ans, on pouvait bien encore apprendre à souffler.
En pratiquant, je comprenais que cette façon de respirer se produisait naturellement, lorsqu’aucune résistance en soi n’était opposée à l’état du monde. Les nourrissons savaient le faire. Ce n’était que lorsque le présent était accueilli dans son intégralité, sans en taire un seul aspect désagréable, que cette relaxation se manifestait. Elle était le signe de la résurgence de notre être profond. Etait-il acceptable d’être en paix au milieu du chaos ? C’était la condition première, avant même pouvoir prétendre à quoi que ce soit d’autre.
Mais il restait délicat de procéder à un tel abandon, tant des parties de mon expérience demeuraient dans l’ombre. Peurs et désirs inconscients à débusquer en travers du moment. Autant de crispations que je ne soupçonnaient même pas et qui pourtant étaient là, attendant d’être reconnues.
Et puis il y avait des empêcheurs moins subtils comme : des moustiques kamikazes prêts à braver la tornade pour quelques gouttes d’hémoglobine. Il y a des nuits où l’on se dit qu’une bombe insecticide serait plus utile que des appels au renoncement, même si l’on se trompe, bien sûr.
Peut-être qu’en fin de compte, la flamme brillait dans l’obscurité.


